La Vitesse du Passé

La Vitesse Foudroyante du Passé

Il enterra sa femme qui était morte dans
la misère. Dans la misère, il
gagna le porche, où il regarda
le soleil se coucher et la lune se lever.
Les jours semblaient ne passer que pour revenir
encore. Comme un rêve dans lequel on pense,
J’ai déjà rêvé cela.

Rien de ce qui arrive ne demeurera.
Avec son couteau il pela
une pomme. La pulpe blanche, corps
de la pomme, s’assombrit
et vira au brun, puis au noir,
sous ses yeux. Le visage usé de la mort !
La vitesse foudroyante du passé.

Raymond CarverLa vitesse foudroyante du passé, Éditions de l’Olivier, Collection Poésie/Points, 2006, p. 95. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuel Moses.